Sidi Ould Tah trace la nouvelle boussole de la BAD : entre ambitions financières et impératifs de transformation africaine
À peine installé à la tête de la Banque africaine de développement (BAD), le Mauritanien Sidi Ould Tah a choisi de marquer son entrée par une vision structurée et ambitieuse. Dans un document rendu public le 22 septembre 2025, le neuvième président de l’institution a dévoilé ce qu’il appelle ses « quatre points cardinaux », une feuille de route qui se veut à la fois pragmatique et transformatrice pour l’avenir du continent.
Ces priorités, qui s’articulent autour de la mobilisation des ressources financières, du renforcement institutionnel, de la valorisation du capital humain et de la résilience climatique, traduisent une volonté de repositionner la BAD comme un acteur central dans la bataille pour la prospérité africaine. Le constat de départ est sans appel : avec un déficit de financement annuel supérieur à 400 milliards de dollars, l’Afrique ne peut plus se contenter de demi-mesures. Ould Tah entend donc réformer le modèle économique de la banque, accélérer la syndication des projets et accroître la capacité de prêt collective, afin de transformer la BAD en catalyseur de capitaux à grande échelle.
Mais au-delà de la finance, c’est la question du pouvoir africain sur la scène internationale qui se dessine en filigrane. En appelant à consolider les institutions et les systèmes financiers du continent, le nouveau président de la BAD met en avant une ambition politique : faire de l’Afrique non plus un simple réceptacle d’investissements extérieurs, mais un acteur influent capable de peser dans les grandes négociations mondiales. Cette orientation s’inscrit dans un contexte où les équilibres géopolitiques se redessinent et où la voix africaine peine encore à s’imposer.
Le troisième pilier, centré sur la démographie, révèle une lecture lucide des réalités africaines. Avec une population jeune et en forte croissance, le continent dispose d’un atout considérable, mais qui peut se transformer en fardeau si les opportunités économiques et sociales ne suivent pas. Pour Ould Tah, cette jeunesse doit devenir le moteur d’une croissance inclusive, capable de réduire les inégalités et de stimuler l’innovation.
Enfin, la priorité donnée aux infrastructures résilientes et à la valorisation des ressources naturelles traduit une volonté de rompre avec le modèle extractif qui a longtemps enfermé l’Afrique dans une dépendance aux matières premières brutes. L’accent mis sur l’industrialisation durable, l’énergie, le transport et le numérique vise à inscrire le continent dans une logique de transformation structurelle, où compétitivité et durabilité se conjuguent.
En filigrane, cette vision repose sur une exigence d’« excellence institutionnelle » : moderniser la gouvernance, rationaliser la prise de décision et instaurer une culture de la performance. Autrement dit, la BAD devra d’abord se réinventer elle-même pour prétendre transformer l’Afrique.
L’arrivée de Sidi Ould Tah, successeur d’Akinwumi Adesina après dix années de mandat, intervient à un moment charnière. Entre pressions internationales, attentes des États membres et urgence des défis climatiques et sociaux, sa capacité à traduire ces « quatre points cardinaux » en résultats tangibles sera scrutée de près. Car au-delà des promesses, c’est bien la crédibilité de la BAD comme moteur de développement africain qui se joue dans les prochaines années.
MT













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