Partenariat stratégique Côte d’Ivoire–Sénégal : l’eau et l’assainissement au cœur d’une nouvelle alliance régionale

by dunuya / Sep 29, 2025 / 0 comments

Dakar, 29 septembre 2025 – La coopération hydrique en Afrique de l’Ouest franchit un nouveau cap. En marge de la 14ᵉ session ordinaire de l’Assemblée générale du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW), qui se tient à Dakar du 27 au 29 septembre 2025, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont signé une convention stratégique dans le domaine de l’hydraulique et de l’assainissement.

L’accord, paraphé par Laurent Tchagba, ministre ivoirien des Eaux et Forêts, et Cheikh Tidiane Dièye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, marque l’aboutissement de plusieurs mois de travail technique entre les deux administrations. Il repose sur un engagement clair : unir les forces et mettre en commun les expériences pour relever les défis liés à l’eau, ressource vitale mais de plus en plus menacée par la croissance démographique et le changement climatique.

Pour le Sénégal, qui préside actuellement l’AMCOW, cette convention symbolise une vision africaine de la coopération, basée sur l’échange d’expertises plutôt que sur une dépendance envers les modèles importés. « Le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont non seulement un rôle à jouer dans la sous-région, mais aussi une expertise à offrir à l’Afrique et au monde », a affirmé Dr Cheikh Tidiane Dièye.

La Côte d’Ivoire, qui abrite douze bassins hydrographiques dont huit transfrontaliers, voit dans cette coopération une opportunité d’améliorer sa gouvernance de l’eau en s’inspirant du modèle sénégalais de gestion partagée du fleuve Sénégal, à travers l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS). Ce mécanisme, souvent cité en exemple à l’échelle internationale, a permis au Sénégal et à ses partenaires de concilier exploitation économique et gestion durable. « Tirer profit de cette expertise permettra d’améliorer nos politiques de gestion intégrée des ressources hydriques en Côte d’Ivoire », a déclaré Laurent Tchagba.

Mais au-delà des aspects techniques, la portée politique de cette signature est évidente. En renforçant leurs liens, Abidjan et Dakar envoient un signal fort : celui d’une Afrique qui choisit la coopération plutôt que la rivalité dans la gestion des ressources naturelles. Cette alliance traduit la volonté de bâtir une intégration régionale solide, en droite ligne avec les ambitions affichées par les chefs d’État de la CEDEAO et de l’Union africaine.

Les retombées attendues sont multiples : amélioration de l’accès à l’eau potable, meilleure résilience des populations face aux sécheresses et inondations, et création de nouvelles opportunités de formation et d’innovation pour les experts des deux pays. À terme, ce type de coopération pourrait favoriser l’émergence d’un véritable marché africain des solutions hydriques, capable de réduire la dépendance aux technologies importées et de stimuler l’économie locale.

L’accord soulève toutefois une question cruciale : celle de la mise en œuvre. L’histoire de la coopération régionale en Afrique est jalonnée de belles intentions restées lettre morte, faute de financements, de suivi ou de volonté politique durable. Pour transformer cette convention en résultats concrets, il faudra des mécanismes clairs, des ressources financières mobilisées et une implication réelle des communautés concernées.

En plaçant l’eau au cœur de leur diplomatie bilatérale, le Sénégal et la Côte d’Ivoire posent néanmoins un jalon important. Dans un contexte où les tensions hydriques se multiplient, leur choix de la solidarité et du partage d’expérience apparaît comme un exemple à suivre.

MT

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