Ghana : les hélicoptères tombent, le silence pèse
Encore un crash. Encore des cercueils recouverts du drapeau. Encore une promesse d’enquête. Le Ghana pleure, une fois de plus, la disparition brutale de hauts responsables dans un accident d’hélicoptère militaire. Mercredi 6 août 2025, au petit matin, un Z-9 transportant deux ministres, un haut cadre de la sécurité et plusieurs responsables politiques s’écrasait dans un bois d’Adansi-Akrofuom, au cœur de la région Ashanti. Huit morts, aucun survivant. Et une nation secouée, comme frappée par un écho sinistre du passé.
Ce n’est pas un fait isolé. Ce crash s’ajoute à une série d’accidents aériens qui interpellent. En mars 2024, un autre appareil militaire avait dû se poser en urgence à Bonsukrom. En 2012, c’était un hélico transportant des employés de la société minière AngloGold Ashanti qui finissait sa course en mer, emportant tous ses passagers. Moins médiatisés, d’autres incidents ont été rapportés ces dernières années par des sources internes : problèmes techniques, pannes en vol, communications coupées avec la tour de contrôle. Comme si, au Ghana, la chute d’un hélicoptère n’était plus une surprise mais une habitude tragique.
Pourquoi tant de drames ? Plusieurs voix, jusque dans les rangs de l’armée, dénoncent en sourdine le vieillissement inquiétant des appareils. Des hélicoptères d’origine chinoise ou russe, parfois achetés en seconde main, volent depuis des décennies. L’entretien ? Parfois espacé. Les pièces détachées ? Parfois inexistantes. Le budget ? Trop souvent insuffisant. Et pendant ce temps, les missions se multiplient, mêlant urgence militaire, engagements civils et déplacements politiques improvisés.
Ce dernier vol n’était pas une opération de guerre. C’était une mission de représentation, un déplacement gouvernemental vers Obuasi pour lancer un programme minier. L’équipage a décollé d’Accra à 9h12. Quinze minutes plus tard, silence radio. Puis le crash. L’épave carbonisée, des corps méconnaissables, un arbre éventré. L’image est insoutenable, mais elle n’est pas nouvelle.
Le plus alarmant, c’est le silence après les chocs. À chaque drame, des communiqués sobres, des condoléances officielles, des promesses d’enquête. Mais rarement des résultats publics. Le public n’apprend rien sur les causes. Les rapports, quand ils existent, dorment dans les tiroirs. Et les mêmes hélicoptères, souvent les mêmes pilotes, repartent en mission.
Ce 6 août, le Ghana n’a pas seulement perdu des personnalités politiques. Il a aussi perdu un peu plus de confiance. Car ces crashs répétés ne sont pas seulement des tragédies. Ils posent une question simple : combien faudra-t-il de morts pour que les choses changent ?
Le ciel ghanéen est devenu un lieu de doute. Là où l’on regardait les hélicoptères décoller avec respect, on les observe désormais avec une angoisse muette. Et pendant que les drapeaux sont mis en berne, personne n’ose encore prononcer les mots : négligence, responsabilité, ou transparence. Pourtant, il faudra bien y venir.













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